Depuis quelques semaines, les récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie connaissent un inquiétant et inédit épisode de blanchissement massif. Les chaleurs intenses pourraient être à l’origine de ce phénomène qui frappe ces récifs jusqu’à présent préservés.
C’est en 2008 que les récifs coralliens calédoniens, qui constituent avec la Grande Barrière australienne la plus longue formation corallienne au monde, ont été inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Jusqu’alors, ils avaient échappé à ce type de phénomène, bien que « de faibles épisodes ont déjà été signalés, mais ils étaient localisés ou n’avaient touché que quelques espèces » peut-on lire dans un communiqué de l’Institut de Recherche pour le Développement, l’IRD.
Jusque-là épargnés, tandis que les autres récifs de par le monde subissaient un blanchissement massif, ces récifs calédoniens connaissent donc à leur tour depuis quelques semaines, un épisode de blanchissement massif. Ce phénomène touche particulièrement les coraux situés près des côtes, ce qui a été constaté par les chercheurs de l’IRD ainsi qu’un réseau de surveillance associatif et des plongeurs. Il faut noter qu’un tel blanchiment est le signe de la disparition des zooxanthelles symbiotiques, des algues qui si elles ne reviennent pas provoqueront la mort des récifs.
« Les conditions climatiques anormales que connait la Nouvelle-Calédonie depuis plusieurs mois expliquent vraisemblablement ce phénomène », a déclaré à l’AFP Claude Payri, directrice de recherche à l’IRD. « Il y a une accumulation de températures supérieures à la normale, avec de longues périodes sans vent, sans couverture nuageuse », a-t-elle ajouté.
Le phénomène est d’autant plus inquiétant qu’il semblerait également que les colonies coralliennes appartenant au genre Pocillopora, considéré comme résistant aux changements climatiques par de précédentes études, seraient au contraire parmi les premières touchées par le phénomène. Depuis quelques jours, la Nouvelle-Calédonie est sous la pluie, à cause de l’évacuation vers le sud du cyclone Winston qui a frappé Fidji, mais son été reste particulièrement chaud. « C’est d’autant plus anormal que nous sommes dans un phénomène El Nino, qui doit au contraire entraîner des températures plus faibles », a déclaré Claude Payri.
Un suivi a été mis en place sur plusieurs sites coralliens le long des côtes calédoniennes, ce qui permettra d’établir les raisons pour lesquelles les récifs de Nouvelle-Calédonie, jusqu’ici épargnés, ont été cette année victimes d’un épisode de blanchissement massif, ainsi que de progresser dans la compréhension des effets des changements climatiques sur les récifs coralliens.
Les récifs de Nouvelle-Calédonie menacés par un épisode de blanchissement massif
Jusqu’à présent préservés, les récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie subissent depuis quelques semaines un épisode de blanchissement massif. Les scientifiques de l’IRD et les communautés littorales se mobilisent.
Les communautés coralliennes des lagons et des récifs de Nouvelle-Calédonie subissent depuis quelques semaines un épisode de blanchissement massif.
Inscrits depuis 2008 au patrimoine mondial de l’Unesco, les récifs calédoniens constituent avec la Grande Barrière australienne la plus longue formation corallienne au monde. Réputés pour être en bonne condition, ils avaient jusque-là échappé à un tel phénomène. Bien que plusieurs épisodes aient été signalés dans le passé, ils étaient localisés ou n’avaient touché que quelques espèces tandis que les autres récifs de par le monde subissaient un blanchissement massif.
Les observations menées depuis plusieurs semaines par les chercheurs de l’IRD, mais également par l’association Paladalik et des usagers du lagon soulignent l’ampleur du phénomène à l’échelle spatiale mais également au niveau des espèces.
Le phénomène de blanchissement des coraux est généralement induit par de brusques changements environnementaux qui dépassent les capacités d’acclimatation des coraux, tels que des radiations UV importantes, des salinités réduites ou des infections bactériennes. Cependant, l’élévation des températures de surface (de seulement 1 à 2°C) pendant plusieurs semaines consécutives, semble être responsable de la plupart des phénomènes de blanchissement observés à grande échelle. Les conditions climatiques anormales dans lesquelles se trouve la Nouvelle-Calédonie depuis plusieurs mois et les températures observées grâce au réseau de capteurs mis en œuvre par le GOPS 1 et les océanographes de l’IRD expliqueraient en partie l’origine de ce phénomène.
Le blanchissement des coraux est dû à une perte substantielle ou complète des algues symbiotiques contenues dans les tissus des coraux et/ou à une diminution des concentrations en pigments photosynthétiques contenus dans ces algues.
Le corail perd alors tous ses pigments amenés par les symbiotes, laissant voir par transparence son squelette blanc, d’où le nom de blanchissement. Ce phénomène a des effets immédiats sur la croissance, la fertilité, la reproduction et peut entraîner la mort des coraux. La sensibilité et la résilience des coraux au blanchissement varient en fonction des espèces.
Les chercheurs de l’IRD se sont mobilisés pour suivre ce phénomène afin de quantifier son impact sur la couverture corallienne, d’établir la liste des espèces concernées et de rechercher les facteurs environnementaux à l’origine de ce blanchissement massif. Un suivi physiologique et génétique des espèces impactées permettra également d’aborder la question de la résistance et la résilience des espèces coralliennes au stress et d’en rechercher les explications.
Les communautés coralliennes situées le long des côtes, comme à la Baie des Citrons, sont les plus affectées, la plupart des espèces montrant une décoloration ou un blanchissement comme ici un Pocillopora damicornis branchu blanchi au centre de la photographie.
Les premiers relevés, effectués dans le lagon Sud-Ouest, indiquent que les récifs situés à proximité des côtes sont davantage impactés que ceux de la barrière (relevés effectués au niveau des récifs de l’îlot du phare Amédée). Il semblerait également que les colonies coralliennes appartenant au genre Pocillopora , considéré comme résistant aux changements climatiques par de précédentes études, seraient au contraire parmi les premières touchées par le phénomène. Le suivi mis en place sur plusieurs stations le long des côtes calédoniennes permettra de préciser les premières observations.
Les données ainsi recueillies devraient permettre d’établir les raisons pour lesquelles les récifs de Nouvelle-Calédonie, jusqu’ici épargnés, ont été cette année victimes d’un épisode de blanchissement massif. Elles permettront également de progresser dans la compréhension des effets des changements climatiques sur les récifs coralliens et donneront des informations cruciales quant à la composition des récifs de Nouvelle-Calédonie dans un avenir proche.
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