C’est le troisième évènement de blanchissement de grande ampleur qui touche la Grande barrière de corail depuis la fin du XX ieme siècle. Celui de 2016, toujours provoqué par la hausse de la température des eaux, est le plus dévastateur de tous, causant la mort des deux tiers de la partie la plus ancienne, au nord du récif. Tout cela se produit avec moins d’un degré de réchauffement climatique.
2016, qui s'annonce d'ores et déjà pour l'OMM comme l'année la plus chaude enregistrée depuis les premiers relevés de températures en 1890 (ce serait la troisième année record consécutive) restera dans les mémoires comme une année sombre pour la Grande barrière de corail. Le premier, le réchauffement climatique responsable de la hausse mondiale des températures de l'air mais aussi de celle de la surface des océans, est la cause principale du blanchissement des grands récifs de corail qui s'étendent à faible profondeur le long des côtes du nord-est de l'Australie sur environ 2.300 km. Rappelons que le réchauffement de l'eau provoque l'expulsion par les coraux des algues symbiotiques qui leur donnent leur couleur et leurs nutriments.
Cette année, au cours des neuf derniers mois, 67 % des coraux parmi les plus anciens et préservés du grand récif inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, principalement situés dans une bande de 700 km dans la partie nord -- une zone jusque-là relativement épargnée --, sont morts du fait d'une hausse de deux degrés au-dessus du maximum normal de la température de l'eau.

Pertes moyennes des coraux constatées sur la Grande Barrière longue de 2.300 km. Le nord, jusque-là préservé, est la zone qui a le plus souffert. © Corail Reef Studies
Des évènements de plus en plus graves
« Nous avons vu trois évènements de blanchissement [1998, 2002 et celui-ci, NDLR ; voir aussi l'article initial plus bas] et, à chaque fois, il peut être expliqué par le réchauffement des eaux » a déclaré à CNN l'auteur du rapport, Terry Hughes, directeur de l'ARC (Center of Excellent for Coral Reef Studies) qui, au moyen de reconnaissances aériennes a pu constater l'ampleur des dégâts.
« Cela donne à réfléchir, a-t-il ajouté, car chacun de ces trois évènements a été plus grave que le précédent et cela s'est produit avec moins d'un degré de réchauffement climatique ». Or, la voie que nous empruntons à l'échelle globale conduit plutôt à deux degrés de réchauffement. Pour les auteurs du rapport, il faudra entre 10 et 15 ans pour que les récifs affectés récupèrent... à condition bien sûr qu'il n'y ait pas de nouvelles hausses de température.
Si rien n'est fait d'ici le premier décembre pour la protéger davantage, la Grande Barrière figurera sur la liste des sites en péril, a prévenu l'Unesco (ce qui a failli être le cas déjà en 2015). « Voilà le prix dévastateur que nous payons lorsque le gouvernement australien soutient à bout de bras l'industrie du charbon, a déploré Shani Tager, de Greenpeace Australia, cité par l'AFP. Un plan crédible pour protéger le récif doit commencer par le réchauffement climatique et l'interdiction de mines nouvelles. »
Il y a quand même une bonne nouvelle : les récifs au sud ont été beaucoup moins touchés, seulement 1 % des coraux sont morts au sud. Ils sont 6 % au centre (voir carte)
Des coraux stressés
Article initial de Marie-Céline Jacquier publié le 03/04/2016
Des scientifiques tirent la sonnette d'alarme après avoir analysé les images aériennes de la Grande Barrière de corail, en Australie : de vastes étendues vivent actuellement le pire épisode de blanchissement jamais enregistré.
La Grande Barrière de corail, située au nord-est des côtes australiennes, abrite 400 espèces de coraux et 1.500 espèces de poissons. Elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le blanchissement a lieu quand les coraux sont stressés par les températures chaudes de l'océan ; ils rejettent alors l'algue symbiotique qui leur fournit de l'énergie par photosynthèse. Sans ces algues, les coraux deviennent blancs et risquent de mourir.
Des scientifiques australiens ont réalisé une étude aérienne de 520 récifs au nord de Cairns, en Australie, sur la partie la plus au nord du récif : « Nous voyons un blanchissement très sévère dans la partie nord du récif », a déclaré le professeur Terry Hughes, de l'université James Cook. « Nous avons trouvé seulement quatre récifs sur 520 qui ne sont pas blanchis dans une certaine mesure et plus de 95 % des récifs étaient dans les deux catégories de blanchissement les plus graves. » Précédemment, un évènement de blanchissement datant de 2002 avait conduit 18 % des récifs classés dans ces deux catégories.
Dans un communiqué, il affirme même : « Cela a été le voyage de recherche le plus triste de ma vie, ajoutant que la gravité est beaucoup plus grande que dans les précédents épisodes de blanchissement en 2002 ou 1998 ».
Le blanchissement du corail (taches blanches et jaunes) a été observé lors d’études aériennes de la Grande Barrière de corail. © ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies
Le réchauffement et l'acidification des eaux sont en cause
L'évènement de blanchissement actuel a démarré en juin 2014, époque à laquelle il est apparu dans le centre et l'est du Pacifique. Il s'est poursuivi en différents lieux en 2015 puis cette année. D'après Mark Eakin, expert des coraux, à la fin de l'année 2015, près d'un tiers des coraux dans le monde a connu des températures suffisamment élevées pour causer un blanchissement.
Les scientifiques ont observé trois évènements globaux de blanchissement en 1998, 2010 et aujourd'hui. Or, précédemment, comme en 1998, les évènements de blanchissement ne duraient généralement qu'un an. À chaque fois, ils étaient liés à El Niño. Ainsi, le blanchissement actuel serait lié à l'épisode El Niño 2015-2016, mais il a commencé avant même qu'El Niño soit déclaré.
Auparavant, l'épisode de 1998 était le plus grave jusqu'alors et avait causé la perte de 16 % des récifs coralliens, d'après Mark Eakin. L'impact de l'évènement actuel n'est pas connu. La cause est à rechercher du côté du réchauffement climatique global qui représente une menace majeure pour les coraux : il augmente les températures de l'eau et le pH de l'océan devient plus acide, à cause de l'augmentation du carbone absorbé par la mer. L'acidification de l’océan peut interférer avec la croissance des coraux.
Une étude de 2007 parue dans Science avait déjà alerté sur l'impact du réchauffement climatique sur les coraux : entre 2050 et 2100, la concentration atmosphérique en CO2 devrait dépasser 500 ppm et les températures s'élever de 2 °C, des valeurs qui dépassent celles des 420.000 dernières années. Cet article prévoyait qu'au XXIe siècle le réchauffement climatique et l'acidification de l'océan compromettraient l'accumulation du carbone et que les coraux se feraient de plus en plus rares.
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La Grande Barrière de corail va mal
2016, qui s'annonce d'ores et déjà pour l'OMM comme l'année la plus chaude enregistrée depuis les premiers relevés de températures en 1890 (ce serait la troisième année record consécutive)...
